Du mouvement à la créativité

Du mouvement à la créativité

En collectivités, sur les territoires, regards croisés, tous créatifs, ils nous racontent et on s’inspire !


Récit de la plénière « DU MOUVEMENT À LA CRÉATIVITÉ » organisée par le CNFPT-Inet


Nos lunettes sur le nez et le nez dans nos problèmes, nous risquons fort d’aboutir aux mêmes solutions, issues des mêmes méthodes, pensées par les mêmes personnes… avec les mêmes résultats. Et si on changeait de lunettes ?

S’inspirer de la créativité en politique

Oui la créativité en politique existe et les exemples sont nombreux à le prouver. Quand l’impulsion politique décale un peu son regard, elle permet à des actions nouvelles, et parfois surprenantes, de voir le jour et de faire bouger des lignes qui campaient pourtant fermement sur le territoire. Ainsi, des villes ou des quartiers à travers le monde ont changé d’aspect : des problèmes d’obésité, de violence, de chômage, de corruption, des défis économiques, écologiques, sociaux, etc. ont évolué pas à pas grâce à la créativité des décideurs politiques.
Comment la faire naître et la diffuser ? En faisant le pari de l’intelligence collective. Pour changer de regard, il faut aller chercher d’autres lunettes !

S’inspirer des industries « créatives »

Miles Davis est un créatif en série : cool jazz, jazz modal, jazz fusion et fusion du jazz et du hip-hop. C’est un génie ! me direz-vous, et n’est pas Miles Davis qui veut. Certes, mais personne ne vous demande d’inventer le jazz dans vos organisations (mais si vous le sentez, ne vous gênez pas !). Tout génie qu’il est, des points clés jalonnent ses moments de créativité et peuvent être appliqués à tous et partout.

L’EXEMPLE INSPIRANT

Novembre 1957, au cours d’une tournée en Europe, le réalisateur Louis Malle lui demande de composer la musique de son film Ascenseur pour l’échafaud. Mais il faut le faire tout de suite et l’enregistrer dans la nuit. Miles Davis n’a jamais composé pour le cinéma, mais il accepte. Il fait une demande inédite et techniquement complexe à réaliser pour l’époque : projeter en boucle les images du film afin d’improviser une musique en direct. Le résultat est splendide, cette nuit-là, Miles Davis a jeté les bases du jazz modal.

DÉCRYPTAGE : LES LEÇONS À EN TIRER

1. L’importance des contraintes : il doit composer vite donc les séquences mélodiques doivent être simples.
2. L’importance du leadership : il impose un dispositif inédit (projeter les images en boucle et improviser) ; sa conviction a fait la différence.
3. L’importance du réseau : encore fallait-il qu’il rencontre les assistants de Louis Malle ce soir-là…
4. L’importance de l’expérimentation : il n’avait pas de garantie de résultat avec son dispositif, mais il fallait y penser et l’essayer. La créativité c’est l’imagination au service de l’expérimentation.

Être créatif dans une organisation

L’ÉNONCÉ DU PROBLÈME

L’organisation est un collectif d’acteurs spécialisés qui se coordonnent pour atteindre des objectifs collectifs. La spécialisation de ses acteurs nécessite qu’ils se coordonnent et pour cela, ils doivent standardiser leurs pratiques. Bref, la loi de l’organisation c’est spécialisation * standardisation * contrôle.

Oui mais voilà, chacune de ses dimensions est un frein à la créativité : la spécialisation pousse à faire toujours la même chose, la standardisation incite à respecter les consignes, et le contrôle incite à rechercher uniquement l’atteinte des objectifs donnés.

Et pourtant, l’organisation vous demande de la réactivité, de l’agilité, d’intégrer de nouvelles priorités comme le numérique, et donc de réinventer des solutions, c’est-à-dire, d’innover. Et pour cela, elle doit faire appel à votre créativité.

Vous saisissez le problème ? L’organisation a besoin d’innover pour trouver des solutions et se réinventer, ses membres ont besoin d’être créatifs pour innover, mais la nature même de l’organisation est un frein à toute créativité.

LES SOLUTIONS AU PROBLÈME

Premièrement, et c’est une bonne nouvelle, organisation ou pas, tout le monde peut devenir créatif. La créativité s’acquiert, elle ne relève pas seulement de qualités personnelles innées. Un créatif c’est une expertise initiale, une capacité à intégrer de nouvelles perspectives, de la persévérance et une motivation intrinsèque. Reste à l’organisation de savoir détecter, exploiter, développer et reconnaître ces caractéristiques chez ses membres.

Deuxièmement, autre bonne nouvelle, oui il existe des solutions pour développer la créativité dans les organisations :
• Le dépaysement : c’est toujours en vacances qu’on a de nouvelles idées !
• L’ennui : le cerveau ne fait pas rien, il entre dans un mode par défaut qui est un formidable laboratoire d’incubation pour idées géniales.
• Les contraintes : les obstacles poussent à trouver des idées créatives pour les contourner. C’est un savant dosage car pas de créativité sans contrainte mais trop contraintes tue la créativité !
• Les interactions : nos seules qualités personnelles ne suffiront pas, la créativité est d’abord le fruit d’interactions sociales.
• Le forcing : le cerveau aime les challenges, faisons-le travailler !
• La bissociation d’Arthur Koestler : c’est l’association de deux idées totalement étrangères l’une de l’autre pour en créer une troisième inédite. Être créatif, c’est connecter des mondes différents.

3 leviers pour manager l’innovation et la créativité

Chacun doit faire sa part, il faut agir à tous les niveaux :
• L’entreprise, par sa stratégie, doit faire preuve de capacités de réaction, de prise d’initiative, de remise en cause de ses propres règles de fonctionnement.
• L’organisation doit permettre aux acteurs de développer des idées nouvelles sans perturber l’ensemble de la structure.
• Les individus doivent trouver des occasions de se régénérer, de faire des propositions, des erreurs.


Pour passer à l’action

LES CONTRIBUTEURS

  • Fazette Bordage, directrice générale de la Culture, Ville du Havre
  • Albéric Tellier, professeur agrégé des universités, UFR des sciences économiques, de gestion, de géographie et d’aménagement des territoires de l’Université de Caen Normandie.
  • Stephen Boucher, directeur général de consoGlobe.com.

Intervenant(s)

Intervenants :

Fazette Bordage, directrice générale de la Culture, Ville du Havre

Albéric Tellier, professeur agrégé des universités, UFR des sciences économiques, de gestion, de géographie et d’aménagement des territoires de l’Université de Caen Normandie

Stephen Boucher, directeur général de consoGlobe.com, le premier groupe média en ligne français pour vivre mieux. Il était directeur du programme Politiques européennes du climat à la European Climate Foundation. Il a co-dirigé le think-tank Notre Europe / Institut Jacques Delors.

Animatrice :

Caroline Kellner, journaliste

Fazette Bordage :
Patrick Viveret aime dire de Fazette Bordage “qu’elle est de ceux qui ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait”. Directrice de Mains d’œuvres, fondatrice du Confort moderne à Poitiers et du réseau TransEuropeHalles, elle est aujourd’hui directrice générale de la culture de la Ville du Havre et accompagne la mise en place d’une dynamique innovante de co-construction de projets entre la municipalité et les artistes et acteurs culturels du territoire.

Albéric Tellier :
Albéric Tellier a édité un livre récemment : « Bonnes vibrations, quand les disques mythiques nous éclairent sur les défis de l’innovation ». L’innovation est partout. En quelques années, elle a envahi les quotidiens économiques, les discours des décideurs, les plans stratégiques des firmes et les manuels de Management. A partir de l’histoire des disques qui ont marqué l’histoire du Jazz, de la Pop, du Rap, du Rock ou de la Soul, il montre comment la recherche en management permet de porter un regard nouveau sur la genèse de ces chefs-d’œuvre. Comment générer des idées nouvelles ? Comment sélectionner les projets ? Comment gérer les équipes ? Comment apprendre des échecs ? Comment développer des innovations de rupture ?

Stephen Boucher :

Il a publié plusieurs ouvrages et études, dont Les thinks-tanks : cerveaux de la guerre des idées et La révolution de l’hydrogène : Vers une énergie propre et performante ainsi que de nombreuses tribunes. Il a été alternativement consultant en affaires publiques européennes et conseiller pour les affaires européennes et internationales. Il est aujourd’hui l’auteur de « Petit manuel de créativité politique » dans lequel il démontre comment la créativité politique peut aider à résoudre nos problèmes plus vite, mieux et avec moins, en s’appuyant sur des cas nombreux qui ont fait leur preuve en France et ailleurs : https://www.linkedin.com/in/stephenboucher/