Inspiration transversale
| mercredi 06 décembre, 2017 | 18:15 - 19:15

Inspiration transversale

Amazonie, Sibérie, Patagonie…ou comment un explorateur nous raconte comment en situation extrême, le cerveau développe des nouvelles capacités qui permettent de résoudre des situations de crise de façon inédite.

Intervenant :

Christian Clot

Christian Clot est un explorateur.

Il proposera une conférence d’une heure sur ses expéditions richement imagées de films et/ou photographies, abordées selon un principe d’autonomie et d’engagement, qui lui ont permis de s’enfoncer dans des contrées reculées et de vivre des expériences prolongées pour des rencontres intenses avec des milieux particuliers et les personnes qui y vivent.

Il témoignera par ses expériences d’avoir conduit des hommes dans des conditions extrêmes et prolongées, d’avoir géré et anticipé les risques. Il apportera ainsi un nouveau regard sur le management et la gestion des risques.

http://christianclot.com/


Récit de « INSPIRATION TRANSVERSALE » organisée par le CNFPT-Inet


Ce ne sont pas les terrains complexes ou la mise en danger qui font l’explorateur, mais la capacité à penser que des chemins différents existent et l’envie farouche de les emprunter. Comment l’humain utilise les ressources qu’il a en lui pour continuer à avancer même en situation extrême ? Comment un leader donne l’envie à son équipe de le suivre ? L’explorateur-chercheur Christian Clot nous livre ce qu’il a appris de ses 20 années d’expéditions et de ses recherches en neurosciences sur le comportement de l’humain pendant des situations de changement.

Repérer le changement et s’y adapter

Imaginez une exploration en canoë sur les 10 000 km de canaux marins inexplorés de Patagonie. C’est la zone qui connaît la météo la plus versatile de la planète : on passe du grand soleil à la tempête de neige avec des vents à 250 km/h en quelques minutes, juste le temps de monter une tente pour s’abriter… avant que le calme ne revienne puis qu’une autre tempête arrive, etc. et ce en boucle toute la journée.

C’est ça la notion du changement pour un explorateur. Deux choix se présentent : on a compris la leçon à la première tempête et on ne bouge plus de la journée pour rester à l’abri. Ou alors, on reste à l’écoute de son environnement, on essaie de capter tous les signaux faibles qui annoncent un changement. Ainsi, on peut foncer à la première opportunité pour avancer un peu, et se mettre à l’abri quand le vent tourne.

Face aux changements de plus en plus rapides de notre monde : allez-vous attendre dans la tente ou réagir pour avancer ? Si vous saviez les choses extraordinaires que l’on découvre en avançant… !

Face au monde qui change, les solutions que l’on connaît et les savoirs que nous avons acquis ne fonctionnent plus. Ce chemin habituel risque de ne plus nous mener à notre but. Non, il faut trouver de nouvelles solutions, oser prendre un nouveau chemin même si tout le monde pense que c’est impossible. Alors oui, c’est difficile et on est tenté de baisser les bras.

Quand on croit qu’on n’a plus de solutions

Je navigue seul dans un kayak quand soudain je suis jeté à l’eau par un vent de 200km/h. L’eau est à 2 °C, le rivage est à plusieurs dizaines de mètres et je n’arrive plus à avancer. À ce moment précis, j’ai 5 minutes de survie dans l’eau.

À l’échelle de chacun, nous connaissons tous ces situations impossibles, sans solutions ni temps pour la résoudre.
Que faire quand on croit qu’il n’y a plus rien à faire, quand la fatigue, la peur et le stress nous pousse à abandonner ?

ACCEPTER LA SITUATION

Ce n’est pas se résigner ou abandonner mais c’est prendre la situation telle qu’elle est, et pas comme j’aurais aimé qu’elle soit ou comme je voudrais la transformer.

SE COMPORTER EN LEADER

Le leader montre une direction, donne envie aux autres de le suivre, grâce à son esprit de conquête. Pour se sortir d’une situation, même si nous ne l’avons pas choisi, il est fondamental d’avoir la volonté d’avancer dans cette situation.

CRÉER DE NOUVEAUX OBJECTIFS POUR ÉVITER L’EFFET TUNNEL

L’objectif n’est plus de traverser les glaciers, mais bien de sortir vivant de cette expédition. Plus notre objectif est précis, important pour nous, plus on a envie de l’atteindre… mais cette focalisation nous fait entrer dans un effet tunnel qui nous empêche de voir tous les autres paramètres présents autour et qui vont compter dans notre décision.
Car il faut prendre une décision pour sortir de l’effet tunnel. Et décider c’est agir, ce n’est pas seulement avoir une idée.

DÉVELOPPER LA VARIABILITÉ CORTICALE GRÂCE À LA CURIOSITÉ

Cette capacité du cerveau à aller chercher de nouvelles solutions, s’appelle la variabilité corticale. Elle permet l’imagination qui donne l’envie de sortir d’une situation, la réactivité et la modularité qui permet au cerveau d’évoluer (plasticité). Cette variabilité, c’est tout simplement notre capacité à nous adapter donc à créer de nouvelles solutions.

Mais le système scolaire français nous apprend des savoirs qui correspondent à un monde qu’on connaît. Il ne nous apprend pas la variabilité qui est la capacité de créer d’autres savoirs. Une seule solution pour la développer : la curiosité. Plutôt que d’être expert dans un domaine, il nous sera plus utile pour s’adapter au changement d’avoir développé des petits savoirs dans beaucoup de domaines. Comme autant de briques pour construire une nouvelle solution.

DONNER DE L’ÉNERGIE AU CERVEAU EN S’ÉMERVEILLANT

Le cerveau consomme 25 % de notre énergie, et ce genre de situation lui demande beaucoup d’énergie. La seule solution pour qu’il soit efficace, c’est de le reposer.
Non seulement, il faut dormir, mais il faut bien dormir pour réussir à entrer dans un sommeil paradoxal qui est le seul moment où le cerveau se repose. Or, le stress et la peur nous empêchent d’entrer dans ce sommeil paradoxal.
Il existe alors un autre moyen pour reposer le cerveau : les moments de plaisir et d’émerveillement.

C’est une aberration mais j’ai arrêté de nager quelques instants pour admirer le soleil qui perçait à travers les nuages, avec trois arcs-en-ciel superposés. C’est une telle décharge pour mon cerveau qu’il retrouve une capacité de me rebooster et de me faire avancer.
Dans ce monde où tout va très vite, le paradoxe est que si on arrive à prendre un petit temps pour s’émerveiller, on créera des capacités cognitives d’une extrême robustesse.

Quand on est au milieu d’une situation difficile, il faut prendre ce temps d’aller vers ce qui nous fait du bien. 5 minutes suffisent : un joli coucher de soleil, le rire d’un enfant, la blague d’un ami, un oiseau qui se pose… 5 minutes de plaisir ou d’émerveillement pour sortir totalement votre cerveau de la situation que vous êtes en train de vivre. Si on s’autorise à prendre ce petit temps de pur plaisir, on se crée des capacités cognitives d’une grande robustesse.


POUR PASSER À L’ACTION

Christian CLOT, explorateur-chercheur : http://christianclot.com/ et www.adaptationexpe.com