Que valent les valeurs de la République aujourd’hui ?   ATELIER

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Les valeurs de neutralité, d’égalité, d’universalité, de fraternité ou de solidarité …sont constitutives de notre société. Et le célèbre triptyque républicain, Liberté, Égalité, Fraternité, constitue le socle de notre République, mais ces valeurs sont traversées par diverses crises de sens et de consistance.

Alors que valent les valeurs de la République aujourd’hui ?

Séance dédicaces du livre “Un défi de civilisation” de Jean-Pierre Chevènement le jeudi 7 décembre à 11h.

Récit de l’atelier « QUE VALENT LES VALEURS DE LA RÉPUBLIQUE AUJOURD’HUI ? » organisé par le CNFPT-Inet


Liberté, égalité, fraternité… la devise de notre République trône fièrement sur les façades de toutes les mairies de France. Avec elle, des valeurs qu’on fait tourner comme un phare dans la nuit pour ne pas se perdre : dignité humaine, justice, démocratie. Ces valeurs qui donnent du sens aux missions de service public, d’où viennent-elles ? Que disent-elles de nous ? Comment (sur)vivent-elles dans notre société tiraillée ?

Regarde d’où tu viens pour comprendre où tu es

1789 : la Révolution française et la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen ont posé les bases de notre République actuelle et de ses valeurs. Mais plus de deux siècles plus tard, si on ne reconnecte pas ces valeurs avec notre réalité, si on les brandit comme un laissez-passer de manière trop abstraite, elles ne valent plus grand-chose. On peut ainsi les invoquer pour justifier tout et son contraire.
Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre et président de la fondation pour l’islam de France nous en rappelle les fondements.

RESTONS COHÉRENTS !

Les valeurs de la République ne valent que si on garde sans cesse à l’esprit leur cohérence. Si on perd cette cohérence de la raison pour laquelle elles sont devenues les valeurs de la République, on perd leur substance.
Par exemple, en 1791, la loi Le Chapelier a aboli les règles des corporations des métiers qui, en étant trop précises, empêchaient toute initiative des entrepreneurs. Ce qu’on n’avait pas prévu c’est que ces règles avaient aussi l’intérêt de protéger les travailleurs et qu’en les abolissant au nom de la liberté d’entreprendre, on a créé la liberté d’écraser les travailleurs.

Comprenons bien ce qu’est la République, ce n’est pas l’anarchie. Nous avons fait les droits de l’Homme ET du citoyen car l’un ne va pas sans l’autre. Les femmes et les hommes sont aussi des citoyens avec des droits certes, mais aussi des devoirs !

LA LIBERTÉ DE LA RÉPUBLIQUE

Comment pouvons-nous être libres en obéissant à la Loi ? On l’est si nous faisons nous-mêmes cette Loi. C’est la théorie de Rousseau reprise par la Révolution qui a posé les bases du régime représentatif : le peuple élit ses représentants qui seront chargés de définir les lois censées servir l’intérêt général. Et petit à petit, on en est arrivé au suffrage universel : le peuple s’exprime par deux fois, en choisissant le Président de la République et en choisissant les représentants de l’Assemblée nationale. C’est la souveraineté populaire : dans la République, chaque citoyenne, chaque citoyen, est une parcelle du souverain. La nation se dirige elle-même, en auto-gouvernement.
Au fond, ce n’est rien d’autre que l’application du contrat social de Rousseau, même s’il n’imaginait pas qu’il puisse être appliqué à une si grande échelle. Montesquieu était d’accord “La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent” et Lacordaire aussi “C’est la liberté qui opprime et la loi qui protège”.

En ce sens, nous sommes libres : tout ce que la Loi ne prohibe pas est libre.

L’ÉGALITÉ DE LA RÉPUBLIQUE

Le lien entre la liberté et l’égalité se traduit par le refus de toute discrimination notamment ethnique, religieuse ou sexuelle. Les Français ont toujours été “divers”, ne parlant pas la même langue à une époque. Aujourd’hui, ils viennent du Maghreb, d’Afrique, des Antilles, et bien d’autres encore, mais c’est loin d’être nouveau.

La diversité de religions n’est pas nouvelle non plus. L’édit de Nantes a mis un terme aux guerres de religions au début du 16e siècle. La notion de laïcité a fait son apparition d’abord dans les écoles avec les lois scolaires. Ce n’est pas un hasard mais ça peut étonner aujourd’hui car on perd ce lien entre la République et l’école qui forme le citoyen. On oublie finalement que les notions de laïcité et de citoyenneté sont très proches. La laïcité n’est rien d’autre qu’un espace commun où tous les citoyens débattent du meilleur intérêt général, en dehors de tout dogme. Elle n’est pas contre les religions, chacun peut trouver en lui ses propres motivations à son action. Mais dans le débat public, seuls la raison naturelle et le bon sens peuvent s’exprimer. Cette idée s’est largement perdue aujourd’hui.

L’Égalité au sens de la République c’est l’égalité des chances. Mais si on veut maintenir la cohérence, il faut donner à chacun les moyens d’avoir autant ses chances que son voisin.
Dans une mission de service public, chaque citoyenne, chaque citoyen, doit être traité de manière égale quels que soient ses origines, sa religion, son sexe. Et ce n’est pas si simple car des facteurs culturels interviennent. Faut-il servir des repas halal dans les cantines scolaires ? Si un grand nombre de personnes le souhaitent, où est le problème ? On peut au moins éviter de ne servir que du porc ou séparer la viande du reste des aliments. L’important est de vérifier que les motivations ne viennent pas de pressions communautaires car la liberté religieuse ne peut surpasser la liberté de conscience. Sinon, on sort de l’esprit républicain.

LA FRATERNITÉ DE LA RÉPUBLIQUE

La République ne peut fonctionner si on ne se sent pas le frère, la sœur, de son concitoyen. La fraternité est un état d’esprit mais c’est aussi des politiques actives de solidarité : sécurité sociale, gratuité de l’école, allocations familiales, etc.

Le sentiment d’appartenance à une nation française est fondamental car il génère le civisme, c’est-à-dire le respect de la Loi, la conscience d’être citoyen et d’avoir des droits mais aussi des devoirs. C’est ce sentiment d’appartenance qui garantit la démocratie, c’est du “bon patriotisme” nécessaire, à ne pas confondre avec le nationalisme. “Le patriotisme est l’amour des siens, le nationalisme est la haine des autres”.

Où sont nos valeurs aujourd’hui ?

Ces valeurs de la République sont-elles compatibles avec le monde moderne ? Et en particulier le monde numérique, capable du meilleur comme du pire ? Numérique vs liberté, qui gagne au final ?

ROUND 1 : FRAGILISATION DE NOTRE IMAGE

Nous avons de tout temps cherché à améliorer l’image que nous donnons au monde et aujourd’hui, on le fait par les réseaux sociaux. Mais nouveauté : cette valorisation est soumise à la contestation. Et votre image peut s’écrouler…

ROUND 2 : ON NOUS SURVEILLE

Oui, et c’est nous qui livrons toutes les informations pour nous suivre ! On publie toujours plus de contenus toujours plus intimes, et on contribue à notre marchandisation. Pour Google, Amazone, Facebook, Apple, nous sommes devenus des catégories marketing. Et ne nous bernons pas, leur but n’est pas d’améliorer nos vies mais bien de s’enrichir grâce aux données que nous leur fournissons en utilisant leurs services. Résultat, nous ne pouvons plus évoluer librement sans être tracés, gérés, surveillés.

ROUND 3 : L’ÉTAT RÉCUPÈRE NOS DONNÉES PERSONNELLES

Internet permet une parole anonyme et laisse facilement se déverser le cyber harcèlement, les attaques racistes, homophobes, antisémites, etc. Comme toute liberté, la cyber expression doit aussi trouver ses règles.

ROUND 4 : LE NUMÉRIQUE N’EST PAS SEULEMENT LA NÉGATION DE LA LIBERTÉ

Internet doit être aussi l’instrument du dissident et une manière de diffuser l’information. Plus largement, il doit permettre d’améliorer le processus démocratique.
“La liberté se construit chaque jour, elle oblige sans cesse à choisir son chemin, à veiller son propre destin” disait l’écrivain Jean Dutourd. En effet, point de liberté sans responsabilité. Alors soyons acteurs du numérique plutôt que consommateurs !


POUR PASSER À L’ACTION

LES CONTRIBUTEURS

  • Jean-Pierre Chevènement, Ministre, ancien maire de la ville de Belfort et président de la fondation pour l’islam de France.
  • Daphé Bogo, Directrice adjointe de l’enfance et de la famille, Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis.
  • Pierre-Marie Bonnaud, élève conservateur territorial des bibliothèques, Promotion Gerda Taro et Robert Capa.
  • Sabra Bennasr, Directrice de  l’action territoriale, CNFPT.
  • Gwénaëlle Juan, Directrice de projet sur le sens de l’action publique, CNFPT.

Intervenant(s)

Organisateurs :

CNFPT

Intervenants :

Avec Jean-Pierre Chevènement, Ministre, ancien maire de la ville de Belfort et président de la fondation pour l’islam de France

Animation :

Gwenaëlle Juan, directrice direction du sens de l’action publique, CNFPT

Sabra Bennasr, directrice de projets, CNFPT

Daphé Bogo, Directrice adjointe de l’enfance et de la famille, Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Pierre-Marie BONNAUD , élève conservateur territorial des bibliothèques , Promotion Gerda Taro et Robert Capa

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